un peu d’histoire

La petite aventure de l’orchestre d’harmonie de Lisieux commence, justement, avec le contexte de la Révolution.

Le clergé local déstabilisé a perdu en 1801 le siège de son évêque qui imposait son autorité sur de nombreuses communautés, et indirectement sur le reste de la population. Les Frères des écoles chrétiennes, qui tentaient de scolariser les jeunes enfants dans leur « Ecole charitable », refusent de prêter serment et sont expulsés.

Ces Frères subissent les mêmes persécutions que le reste des religieux… mais, avec eux, la pratique du chant scolaire, un grand support de la formation, disparaît.

L’industrie drapière s’était installée au XVe siècle, après la Guerre de cent ans.

Sans formation élémentaire, la bourgeoisie locale se trouve alors démunie pour préparer l’ouverture d’esprit nécessaire de la jeune population dont elle a besoin pour le travail industriel du textile qui se perfectionne. Il faudra attendre un soutien de l’Empereur pour que les Frères réouvrent leur Ecole en janvier 1811. Pourtant, les conditions de vie se dégradent… La bourgeoisie recherche des moyens pour canaliser la génération ouvrière postrévolutionnaire qui n’a pas été scolarisée.

Le rôle de Guizot

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Omnium Recta Brevissima (Le droit chemin est le plus court de tous). Devise personnelle de François Guizot

 

 

 

François Guizot, grand personnage de l’Etat, qui sera ministre de l’instruction publique, apparaît comme un sauveur. Son aura d’historien, partout reconnue, le place en position de développer une politique du patrimoine donnant des pistes de cohésion sociale. Dès 1828, il écrit : « c’est un désordre grave et un grand affaiblissement chez une nation que l’oubli et le dédain du passé. »

On ne trouve aucun texte publié qui en fait référence, mais on sait que c’est sa proposition de faire de Lisieux un pôle d’expérimentation d’un système scolaire plus efficace avec l’utilisation de l’outil musical qui lui permet d’être facilement élu député du Centre gauche à Lisieux le 23 janvier 1830. Il restera à ce poste pendant 18 ans.

Il ne s’intéresse pas qu’à cette proposition. Il s’intéresse aussi au désenclavement de la cité, car les voies de circulation ne sont pas assez fiables pour faciliter l’industrialisation.Il imagine, par exemple, un nouveau tracé routier entre La Boissière et Caen qui évite le « Coupe Gorge » en passant par Crèvecoeur.

Le point qui nous intéresse plus particulièrement est musical. Guizot partage avec Guillaume Louis BOCQUILLON, dit « Whilhem », la conviction du rôle social de la pratique musicale collective. Wilhem est le fondateur, en 1833, d’une société chorale d’hommes, « l’Orphéon », qui réunit, dans des concerts communs, des centaines de chanteurs.

Guizot considérait la musique « comme matière de l’enseignement et comme mode de culture et de progrès intellectuel pour le plus grand nombre ». C’est cette formulation qui sera reprise un peu plus tard par Antoine SENARD, un autre Normand, qui offrira un statut décisif aux orchestres populaires.

Pour redonner confiance à la masse ouvrière devenue « citoyenne », Guizot va beaucoup œuvrer, localement, à développer la pratique musicale dans les entreprises. Il souhaite ainsi améliorer des comportements sociaux bénéfiques au monde du travail.

Il lui manque un pôle de formation car les musiciens bien formés sont peu nombreux. Ce sera l’origine de la société philarmonique de Lisieux en 1834, dirigée par Monsieur HANNEL, rassurant les musiciens confirmésqui peuvent ensuite former des musiciens en ville. Son système se met très vite en place à Lisieux dans des entreprises et gagne les quartiers. Pour assurer sa détermination locale, il fait l’acquisition du château du Val Richer à Saint Ouen le Pin près de Lisieux en 1836. La même année, il utilise la démonstration d’efficacité du concept pour créer, à Caen, le « Conservatoire de Musique » en espérant diffuser son principe éducatif sur tout le département.

Si la pratique musicale progresse si bien à Lisieux, il faut pouvoir la rendre officiellement possible aux yeux de tous en France. En effet, seule la Garde Nationale et les religieux ont le droit de jouer des œuvres musicales à l’extérieur. C’est le nouveau Président de l’Assemblée Nationale, Antoine SENARD, qui donne, le 15 juillet 1848, le droit aux mélomanes de jouer en public à l’extérieur.

C’est une grande victoire, mais elle arrive au moment où Guizot arrête sa vie parlementaire.

Que devient la Société Philharmonique de 1834 ?

Dès la fin de la carrière parlementaire de Guizot, les responsables de l’orchestre initial semblent continuer leur action fédératrice et formatrice à Lisieux, mais, par manque de reconnaissance et de soutien réel des élus de la ville, traversent des périodes de découragement.

On va assister à de nombreuses restructurations, mais on peut constater que l’esprit global subsiste puisque la presse de l’époque signale une multitude de fanfares dans lesquelles des musiciens de l’orchestre formateur participent, y compris dans le monde religieux : « fanfare de la paroisse Saint Pierre », « Union Musicale de Saint Jacques », « Musique d’Orival », « Musique du Grand Jardin », « Fanfare des Sapeurs-Pompiers », « Musique du petit séminaire », « Fanfare du Collège ». Monsieur MORIERE, imprimeur, impose à tous ses employés d’être musiciens.

Des activités musicales cohabitent avec la fanfare militaire du 119e, alors que Lisieux est encore une ville de garnison. Ainsi, des regroupements de musiques-fanfares ont lieu pour des cérémonies locales, visibles sur des clichés dès 1875.

Les kiosques à musiques vont rapidement devenir à la mode un peu partout en Normandie et en France. Celui de Lisieux sera construit à partir de 1880 dans le Jardin Public (ce Jardin de l’évêché a été restauré depuis 1830).

Les premières traces écrites

Dans son histoire de Lisieux publiée en 1890, Monsieur CARDINE, inspecteur honoraire de l’enseignement public et bibliothécaire de la ville, décrit une fête de l’Empereur, le 15 août 1868 (jour de fête nationale) où l’on peut lire la présence, avec celle des pompiers, d’une « musique municipale » pour animer un Te Deum à la cathédrale en soirée, suivi par une « sérénade » au jardin public. Les musiciens accompagnent la population jusqu’à la place impériale (place Mitterrand) pour un feu tiré par AUBIN, artificier de l’Empereur.

Le Journal « Le Lexovien » du 1er février 1890 indique que, le jeudi 28 janvier 1890, une réunion a eu lieu à l’hôtel de ville sous la présidence du maire, Théodule PEULVEY,pour réorganiser la « musique ». Trois « excellents musiciens de premier ordre » sont désignés pour relancer l’orchestre, Messieurs Henri DAVID et DESPORTES, avoués,et Monsieur MORIERE, . Monsieur DUBREUIL est élu « chef provisoire de musique ». Le 4 juin de la même année, son président, Maître DAVID, avoué, demande une subvention pour la réparation et l’achat d’instruments et de nouvelles partitions, pour « refaire en 1890 ce qui avait été fait en 1881 lors d’une réorganisation » :1000 francs sont votés.

Un début du XXe siècle difficile

La possibilité de reconnaissance de mouvements associatifs de la loi de 1901 n’est pas bénéfique à Lisieux quand apparaît, ensuite, la loi de séparation des églises et de l’Etat. Chacun pense qu’il est nécessaire de choisir un camp, et l’originalité musicienne de Lisieux va perdre une part de sa cohésion et une part de son exemplarité.

C’est un autre Normand, Emile CLERISSE (1856-1938), fondateur en 1897 de l’Union des sociétés musicales de l’Eure, qui propose en 1903 un plan afin d’uniformiser la réglementation des différentes sociétés. Ce travail se concrétisa en 1905 avec la création de la Fédération Musicale de France, qui deviendra ensuite la Confédération Musicale de France en 1946.

« Le Lexovien » du 15 juin 1910 signale l’inauguration du kiosque à musique dans le jardin public avec la participation de la fanfare du collège, de l’orphéon « Les enfants de Lisieux » et de la Musique municipale, manifestation qui se termine par « la Marseillaise » interprétée par toutes les sociétés.

La guerre de 1914-1918 met la musique municipale en difficulté par la perte de 14 musiciens dont certains sont des formateurs.

Fernand ANNE

C’est Fernand ANNE qui devient directeur de l’Harmonie Municipale de Lisieux de 1920 à 1933. C’est lui qui fera la déclaration d’une association « Musique Municipale de Lisieux » au Journal Officiel du 22 mars 1927.

Il mettra toute son énergie d’instituteur à faire admettre, lui aussi, aux élus que la formation musicale est la clé de l’essor des sociétés musicales. L’Harmonie Municipale est la seule à proposer une formation confirmée par des examens.

Tout en restant musicien à l’Harmonie, il va quitter son poste de directeur en 1933 pour créer à Lisieux le premier orchestre symphonique dont les répétitions se font à son domicile. Il deviendra président de la Fédération Musicale de Normandie en 1950.

Lucien MINCHE

Le 9 mai 1949, ce chef de la voirie municipale, trompettiste reconnu, est élu directeur de l’Harmonie, en remplacement de Monsieur COURQUIN. Il va relever l’orchestre des blessures de la guerre.Un gros travail est alors effectué pour récupérer et regrouper des archives musicales locales mises à mal lors des bombardements de la ville.

Soutenu par Fernand ANNE, il n’aura de cesse de réclamer une école de musique municipale au service de tous.

André PETIT

Né à Lisieux le 19 janvier 1930, André PETIT rejoint les rangs de musiciens de l’Harmonie en octobre 1946.Le 10 juillet 1950, premier prix de conservatoire et clarinette solo à l’Harmonie, il est nommé professeur afin de seconder Monsieur DUBOSQ…

Son investissement pour les musiciens sera sans limites.

Elu sous-chef en janvier 1955, il prendra la place de Monsieur MINCHE à la direction de l’orchestre de 1956 à 1981, puis sa présidence de 1979 à 2000.

En plus du théâtre de Lisieux, on lui confiera de multiples missions de « sauvetage» ou de recréation qui font que de nombreuses sociétés musicales lui doivent beaucoup, depuis l’orchestre symphonique en 1956, la chorale St Pierre, l’Avant-Garde…

En plus de sa longue carrière de professeur à l’Ecole de Musique de Lisieux, il va redresser la « Neustrienne » à Orbec et y faire éclore une nouvelle école de musique en 1974.

Entre temps, il devient président de la Fédération Musicale de Normandie, Secrétaire général de la Confédération Musicale de France en 1980, puis son président trois ans plus tard.

Louis MUCKENSTURM et l’ouverture de l’Ecole de Musique.

Pour diriger l’Ecole de Musique, Fernand ANNE recherchait un directeur hautement qualifié. Un concours sur titres, références et épreuves est diffusé sur toute la France.

La « perle rare » est enfin trouvée. Il n’a que 25 ans, mais est très hautement qualifié. Louis MUCKENSTURM est présenté en mai à la ville et prendra ses fonctions le 1er octobre 1956 pour organiser l’école, en compagnie de son épouse, elle aussi prix d’excellence de piano.

L’école de musique se met en place dans des conditions difficiles, en partageant les classes de l’école de filles « Paul Bert » avec les enseignants de l’Education nationale.

Il participe aux prestations de l’Harmonie, mais prend aussi la direction de l’orchestre symphonique. Il conservera la direction de l’Ecole de Musique de Lisieux pendant un peu plus de 39 ans.

L’aventure se poursuit

L’Orchestre d’Harmonie de Lisieux s’appuie sur une longue tradition de formation et d’ouverture. Ses activités sont, inévitablement, liées à celles du Conservatoire actuel issu de l’Ecole de Musique… et ses musiciens, comme par le passé, se retrouvent souvent dans des sociétés où ils pratiquent d’autres instruments, d’autres répertoires et d’autres sensibilités.

Il lui reste, dans un engagement citoyen que l’orchestre a toujours souhaité, à retrouver son rôle fédérateur de l’origine pour sensibiliser et développer les pratiques musicales les plus variées, dans tous les milieux, dans la ville, le Pays d’Auge, la Normandie…

Les directeurs connus

  • GALIPEAU
  • E. MORIERE
  • E. GERMAIN BANCEL
  • Léon LACROIX
  • Fernand ANNE
  • Pierre CARNISSIE
  • Adrien COURQUIN
  • Lucien MINCHE
  • André PETIT
  • Jean-Claude DESLANDES
  • Jean-Pierre ANTOINE
  • Pierre DEVILLE
  • Didier PERNOIT
  • Sylvain FERET
  • Dimitri ROBINNE

Les présidents successifs

  • Henri david à la fondation en 1890
  • Mr Encaignant
  • Mr Parfait
  • Charles Bourgeois
  • Casimir Hue
  • Raymond Thomas jusqu’en 1979
  • André Petit 1979-2000
  • Sylvain Ferret 2000- 2003
  • Jean-Claude Deslandes 2003-2011
  • Xavier d’Andeville  2011-2015
  • Eric Marck  2015-2016
  • Emmanuelle Falet depuis 2016
    (à noter, c’est la première femme présidente de l’Harmonie ….)
texte Eric Mark copyright 2012-2016

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